HISTO-NORD


Retour sommaire

En moins d’une heure...
Valenciennes l’espagnole devient française

Le conflit franco-espagnol, amorcé en 1635, suspendu en 1659, repris en 1667 - Douai et Lille furent assiégées - puis en 1672, fit subir à Valenciennes des effets di­rects ou indirects. En effet, la position de la ville, bordée par l’Escaut, appa­rut rapidement comme l’un des en­jeux essentiels de la lutte entre Louis X1V et Charles Il dont la mère, Ma­rse-Anne d’Autriche, assurait alors la régence du royaume espagnol.

En 1677, la lutte prit un tour décisif lorsqu’un matin de février le Roi-Soleil se mit en route pour Valenciennes où l’atten­daient Vauban et ses maréchaux. Le 17 mars, en moins d’une heure, Valenciennes, dont les habitants n’y tenaient pourtant guère, tomba dans le camp français.
En 1673, la prise de Maastricht marque le grand tournant dans l’histoire politique et militaire du règne. Une grande partie de l’Europe se ligue contre la puissance fran­çaise, alors à son apogée. Pendant un temps encore, les conquêtes se poursuivent avec une difficulté accrue, en Flandre et en Hai­naut.
En 1676, après une paix de bien courte du­rée, la guerre de siège reprend de plus belle en Hainaut et Cambrésis Condé, Bouchain et Aire-sur-la-Lys, villes espagnoles des Pays-Bas, tombent entre les mains des Français commandés par Vauban, dont la réputation de « tombeur de villes » commence à écrire.

Secret bien gardé
En 1677, comme l’année précédente, Louis XIV décide de prendre le commande­ment de l’armée des Flandres. Durant les se­maines précédant son départ, le souverain tient à masquer ses intentions velléitaires en­vers Valenciennes, cernée depuis la Tous­saint 1676 par les troupes françaises après que l’armée du maréchal de Luxembourg l’eut investie. Le roi multiplie les fêtes somptueuses dans son château de Versailles. Bref le secret entourant les projets royaux est si bien gardé que le prince d’Orange s’attend à voir l’armée française assiéger Mons.
Pourtant, le 28 février, Louis XIV quitte le château de Saint-Germain-en-Laye. Peu après, Monsieur, frère du roi, l’y rejoint après avoir pris le temps de demander à Mignard de s’atteler à la décoration de son nouveau château, celui de Saint-Cloud.

Valenciennes, l’invincible
En ce début mars, il fait un fichu temps; un froid encore très rude, un sol couvert de neige. Du jamais vécu pour des soldats pour­tant habitués aux factions depuis plus de trente années.
Louvois, ministre et chef d’état-major gé­néral, a fort bien préparé son affaire. Ainsi, pour ôter à Cambrai et Saint-Omer l’envie de prêter main-forte aux Valenciennois assiégés, des troupes du roi y sont envoyées.
Tandis que Louvois tient son quartier à la ferme d’Hurtebise, Louis XIV dresse sa tente à Famars, au pied du mont Houy. A ses côtés, cinq maréchaux de France - d’Humières, Schomberg, La Feuillade, Luxembourg et de Lorgcs - commandant les troupes, chacun leur jour, l’un après l’autre, sous la suprême autorité de Vauban qui dirige les travaux du siège.
Jugeant cette entreprise militaire de la plus haute importance, le roi dispose de dix mille hommes venus avec lui, et d’une armée de cinquante mille hommes rassemblée pour les opérations du siège. Face à ces soixante mille Français, Valenciennes peut paraître bien peu armée.
Les Espagnols s’estiment néanmoins in­vincibles. D’une part, parce que la ville semble bien fortifiée. Vu l’état de ses forti­fications, écrit le maréchal de France Villars dans ses Mémoires, l’attaque contre Valen­ciennes était considérée comme une témé­rité. Menacés depuis longtemps, les Valen­ciennois avaient, de surcroît, perfectionné leur système de défense en installant notam­ment des écluses sur la Rhonelle, entre les portes Cardon et de Famars, permettant d’inonder les quartiers avoisinants jusqu’au-delà de Marly.


Le siége de Valencienne vu par Adrien Van der Meulen

Trois tranchées d’approche
D’autre part, le coeur des Valenciennois bat pour les Espagnols. Mais l’armée ne compte que deux mille fantassins, des mer­cenaires wallons, allemands et italiens, trois cents cavaliers espagnols et les douze cents bourgeois des compagnies de la place, com­mandés par le marquis de Risbourg. Visible­ment, l’armée hollando-espagnole ne paraît pas prête à intervenir. Ses chefs estiment, en effet, que le siège va durer suffisamment longtemps pour lui donner le temps de se­courir la ville.
Pour tenir le choc, les Valenciennois escomptent aussi, sans doute, des renforts ve­nus de Saint-Omer et Cambrai. Las pour eux, Louis XIV y a délégué des troupes pour em­pêcher cette manoeuvre de soutien. Flairant un danger imminent, la population s’en re­met, le 4 mars, à Notre-Dame-la-Grande, lors d’une procession autour des remparts. Cette expédition confirme les craintes L’ennemi creuse le terrain. Vauban a désigné l’an­cienne porte d’Anzin comme son objectif ini­tial. Cette porte permet d’entrer dans un terre-plein après avoir franchi un pont-levis. Toute une semaine, les terrassiers peuvent y oeuvrer sans être dérangés par les sorties de la garnison. Le 15 mars, les troupes d’assaut sont amenées à pied d’oeuvre grâce à trois tranchées parallèles creusées à trois cents mètres des premières défenses.

15.000 boulets et 2.500 bombes
Dès que les ouvrages avancés sont construits, les Français les font occuper par de l’artillerie pour commencer un bombarde­ment intensif avec cinquante-deux canons et trente-deux mortiers. Du 13 au 15 mars, quinze mille boulets et deux mille cinq cents bombes détruisent presque entièrement les quartiers des trois portes de l’ouest les portes Notre-Dame, d’Anzin et de Tournai. Gravement blessé sur le Grand Couronné -un ouvrage avancé sur l’Escaut - le marquis de Risbourg a remis le commandement au conseil de guerre. On ne se doute pas, cepen­dant, que le dénouement est si proche. Le 16 mars, Vauban informe le roi que le troisième parallèle entourant le Grand Couronné est achevé. Le roi rient alors conseil de guerre pour attaquer les ouvrages du dehors. Contrairement aux usages en vigueur voulant que les attaques aient lieu la nuit afin de marcher aux ennemis sans être aperçus et d’épargner le sang du soldat, Vauban propose l’attaque en plein jour. Tous les maréchaux de France s’opposent à cette proposition; Louvois la condamne. Vauban rallie toutefois le roi à sa thèse reposant, notamment, sur l’effet de surprise. Celle-ci est totale.
A neuf heures, après un bombardement nocturne intensif, le canon tonne. Deux compagnies de mousquetaires, une centaine de grenadiers, un bataillon des gardes, un du régiment de Picardie, armés de haches et d’échelles, donnent l’assaut en franchissant les remparts. Ils tombent sur des soldats ha­rassés ; quelques-uns sont tués, d’autres faits prisonniers ou précipités et noyés dans les fossés. Les fuyards n’ont pas le temps de le­ver le pont-levis donnant accès à la porte elle-même.

 

Louis XIV surpris par sa victoire éclair
Arrivés devant les remparts, les mousque­taires du roi aperçoivent une porte de bois, une poterne pas défendue. Les plus avan­cés montèrent alors au rempart, raconte un témoin, descendirent dans la ville, dispersèrent les gardes de la porte, ouvrirent les bat­tants et abaissèrent les ponts-levis .
En dépit d’une ultime tentative des troupes espagnoles, la ville est conquise.. Louis XIV qui prévoyait un siège d’une ving­taine de jours, surpris par tant de rapidité, se fait confirmer par trois fois la nouvelle avant d’y croire. La rapidité avec laquelle les Valen­ciennois abdiquèrent, plus que par une trahi­son dont le bruit courut, peut s’expliquer par le fait qu’ils savaient que les villes qui résis­taient subissaient de gros dommages. Leur intérêt était donc de céder rapidement au roi de France dans l’espoir de voir la ville épar­gnée, en attendant, peut-être, le retour aux Pays-Bas lors de négociations.
La prise de la ville, qui deviendra définiti­vement française par le traité de Nimègue (10 août 1678), aura donc coûté trois se­maines de terrassement, trois jours de bom­bardement et trois-quarts d’heure d’un com­bat rapproché au cours duquel les Français perdirent soixante hommes !
L’affaire avait été si rondement menée que Racine et Despréaux, chargés par le roi d’écrire son histoire, n’avaient même pas eu le temps défaire leurs habits pour venir y assister.


Sources:  Histoire de Valenciennes du cha­noine Platelle ; Histoire de Valenciennes depuis son origine , du chanoine Lancelin ; Quand le Nord devenait français de J.M. Lambin ; Le siècle de Louis XIV de Voltaire.


Ce texte est issu de la collection "Au calendrier de l'histoire" édité en 1993 par la Voix du Nord


Retour sommaire

Déclaration CNIL n°767143 | Contact
A propos d´histo-nord | JMB-Concept
Adresse IP : $REMOTE_ADDR
Adresse DNS : $REMOTE_HOST
Nom d´hote : $HTTP_X_FORWARDED_FOR
Navigateur : $HTTP_USER_AGENT
Adresse Page : $HTTP_REFERER