En moins
d’une heure...
Valenciennes l’espagnole
devient
française
En 1677, la lutte prit un tour décisif lorsqu’un matin de
février le
Roi-Soleil se mit en route pour Valenciennes où
l’attendaient Vauban et ses
maréchaux. Le 17 mars, en moins d’une heure, Valenciennes, dont
les habitants
n’y tenaient pourtant guère, tomba dans le camp français.
En 1673, la prise de Maastricht marque le grand tournant dans
l’histoire politique et militaire du règne. Une grande partie de
l’Europe se
ligue contre la puissance française, alors à son
apogée. Pendant un temps
encore, les conquêtes se poursuivent avec une difficulté
accrue, en Flandre et
en Hainaut.
En 1676, après une paix de bien courte durée, la
guerre de siège
reprend de plus belle en Hainaut et Cambrésis Condé,
Bouchain et Aire-sur-la-Lys,
villes espagnoles des Pays-Bas, tombent entre les mains des
Français commandés
par Vauban, dont la réputation de « tombeur de
villes » commence à écrire.
Secret bien gardé
En 1677, comme l’année
précédente, Louis XIV décide de prendre le
commandement de l’armée des Flandres. Durant les
semaines précédant son
départ, le souverain tient à masquer ses intentions
velléitaires envers
Valenciennes, cernée depuis la Toussaint 1676 par les
troupes françaises après
que l’armée du maréchal de Luxembourg l’eut investie. Le
roi multiplie les
fêtes somptueuses dans son château de Versailles. Bref le
secret entourant les
projets royaux est si bien gardé que le prince d’Orange s’attend
à voir l’armée
française assiéger Mons.
Pourtant, le 28 février, Louis XIV quitte le château de
Saint-Germain-en-Laye. Peu après, Monsieur, frère du roi,
l’y rejoint après
avoir pris le temps de demander à Mignard de s’atteler à
la décoration de son
nouveau château, celui de Saint-Cloud.
Valenciennes, l’invincible
En ce début mars, il fait un
fichu temps; un froid encore très rude,
un sol couvert de
Louvois, ministre et chef d’état-major
général, a fort bien préparé
son affaire. Ainsi, pour ôter à Cambrai et Saint-Omer
l’envie de prêter
main-forte aux Valenciennois assiégés, des troupes du roi
y sont envoyées.
Tandis que Louvois tient son quartier à la ferme d’Hurtebise,
Louis
XIV dresse sa tente à Famars, au pied du mont Houy. A ses
côtés, cinq maréchaux
de France - d’Humières, Schomberg, La Feuillade, Luxembourg et
de Lorgcs - commandant
les troupes, chacun leur jour, l’un après l’autre, sous la
suprême autorité de
Vauban qui dirige les travaux du siège.
Jugeant cette entreprise militaire de la plus haute importance, le roi
dispose de dix mille hommes venus avec lui, et d’une armée de
cinquante mille
hommes rassemblée pour les opérations du siège.
Face à ces soixante mille
Français, Valenciennes peut paraître bien peu armée.
Les Espagnols s’estiment néanmoins invincibles. D’une part,
parce que
la ville semble bien fortifiée. Vu l’état de ses
fortifications, écrit le
maréchal de France Villars dans ses Mémoires, l’attaque
contre Valenciennes
était considérée comme une
témérité. Menacés depuis longtemps,
les Valenciennois
avaient, de surcroît, perfectionné leur système de
défense en installant notamment
des écluses sur la Rhonelle, entre les portes Cardon et de
Famars, permettant
d’inonder les quartiers avoisinants jusqu’au-delà de Marly.

Le siége de Valencienne vu par Adrien Van der Meulen
Trois tranchées
d’approche
D’autre part, le coeur des
Valenciennois bat pour les Espagnols. Mais
l’armée ne compte que deux mille fantassins, des
mercenaires wallons,
allemands et italiens, trois cents cavaliers espagnols et les douze
cents
bourgeois des compagnies de la place, commandés par le
marquis de Risbourg.
Visiblement, l’armée hollando-espagnole ne paraît pas
prête à intervenir. Ses
chefs estiment, en effet, que le siège va durer suffisamment
longtemps pour lui
donner le temps de secourir la ville.
Pour tenir le choc, les Valenciennois escomptent aussi, sans doute,
des renforts venus de Saint-Omer et Cambrai. Las pour eux, Louis
XIV y a
délégué des troupes pour empêcher cette
manoeuvre de soutien. Flairant un
danger imminent, la population s’en remet, le 4 mars, à
Notre-Dame-la-Grande,
lors d’une procession autour des remparts. Cette expédition
confirme les
craintes L’ennemi creuse le terrain. Vauban a désigné
l’ancienne porte d’Anzin
comme son objectif initial. Cette porte permet d’entrer dans un
terre-plein
après avoir franchi un pont-levis. Toute une semaine, les
terrassiers peuvent y
oeuvrer sans être dérangés par les sorties de la
garnison. Le 15 mars, les
troupes d’assaut sont amenées à pied d’oeuvre grâce
à trois tranchées
parallèles creusées à trois cents mètres
des premières défenses.
15.000 boulets et 2.500
bombes
Dès que les ouvrages
avancés sont construits, les Français les font
occuper par de l’artillerie pour commencer un bombardement
intensif avec
cinquante-deux canons et trente-deux mortiers. Du 13 au 15 mars, quinze
mille
boulets et deux mille cinq cents bombes détruisent presque
entièrement les
quartiers des trois portes de l’ouest les portes Notre-Dame, d’Anzin et
de
Tournai. Gravement blessé sur le Grand Couronné -un
ouvrage avancé sur l’Escaut
- le marquis de Risbourg a remis le commandement au conseil de guerre.
On ne se
doute pas, cependant, que le dénouement est si proche. Le 16
A neuf heures, après un bombardement nocturne intensif, le canon
tonne. Deux compagnies de mousquetaires, une centaine de grenadiers, un
bataillon des gardes, un du régiment de Picardie, armés
de haches et
d’échelles, donnent l’assaut en franchissant les remparts. Ils
tombent sur des
soldats harassés ; quelques-uns sont tués, d’autres
faits prisonniers ou
précipités et noyés dans les fossés. Les
fuyards n’ont pas le temps de lever
le pont-levis donnant accès à la porte elle-même.
Louis XIV surpris par sa victoire
éclair
Arrivés devant les remparts,
les mousquetaires du roi aperçoivent une
porte de bois, une poterne pas défendue. Les plus
avancés montèrent alors au
rempart, raconte un témoin, descendirent dans la ville,
dispersèrent les gardes
de la porte, ouvrirent les battants et abaissèrent les
ponts-levis .
En dépit d’une ultime tentative des troupes espagnoles, la ville
est
conquise.. Louis XIV qui prévoyait un siège d’une
vingtaine de jours, surpris
par tant de rapidité, se fait confirmer par trois fois la
nouvelle avant d’y
croire. La rapidité avec laquelle les Valenciennois
abdiquèrent, plus que par
une trahison dont le bruit courut, peut s’expliquer par le fait
qu’ils
savaient que les villes qui résistaient subissaient de gros
dommages. Leur
intérêt était donc de céder rapidement au
roi de France dans l’espoir de voir
la ville épargnée, en attendant, peut-être, le
retour aux Pays-Bas lors de
négociations.
La prise de la ville, qui deviendra définitivement
française par le
traité de Nimègue (10 août 1678), aura donc
coûté trois semaines de
terrassement, trois jours de bombardement et trois-quarts d’heure
d’un combat
rapproché au cours duquel les Français perdirent soixante
hommes !
L’affaire avait été si rondement menée que Racine
et Despréaux,
chargés par le roi d’écrire son histoire, n’avaient
même pas eu le temps défaire
leurs habits pour venir y assister.
Sources:
Histoire
de Valenciennes du chanoine Platelle ; Histoire de Valenciennes
depuis son origine
, du
chanoine Lancelin ; Quand le Nord devenait français de J.M.
Lambin ;
Le siècle de Louis XIV de Voltaire.