HISTO-NORD


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Le 4 mai 1907
Naissance à Roubaix de Maxence Van der Meersch, l'écrivain et la conscience des gens du Nord

Dans la nuit du 13 au 14 janvier 1951, vers 2 h 45, dans sa maison du Touquet, disparaissait Maxence Van der Meersch, miné par une affection pulmonaire. Quarante-quatre ans plus tôt, le 5 mai 1907, Benjamin Vandermeersch se présentait au service de l'état civil de la mairie de Roubaix pour y déclarer la naissance du petit Maxence, la veille à 4 h du matin. Rien ne prédisposait le petit Maxence à devenir le grand écrivain-témoin de la terrible réalité sociale de notre région dans la première moitié de ce siècle.
Il est né au 76 de la rue Cuvier, dans le quartier du Fresnoy, à Roubaix. Son père, Benjamin, Jules, Joseph Vandermeersch, âgé de 36 ans, est alors comptable. Un autre recensement, en 1911, indique une autre adresse et une autre profession 62, rue de l'Epeule et employé. Enfin, Benjamin s'associe à Louis Vermeulen pour fonder Roubaix-Matériaux ", au 19 de la rue de Favreuil. Les Vandermeersch habitent, depuis avril 1924, une maison Située 235, rue de la Mackellerie à Rouba ix.
Maxence appartient donc au milieu relativement aisé de la petite bourgeoisie. Tout était réuni pour lui assurer une jeunesse heureuse. Mais il en sera autrement.
Tout d'abord, il perd sa soeur, Sarah, âgée de 18 ans, le 27 octobre 1918. Puis la désunion s' installe entre ses parents. Sa mère, Marguerite, sombre dans l'intempérance. Quant à son père, sa conduite ne peut arranger les choses : Benjamin est un homme aux " moeurs libres "   mais toujours avec distinction Et il idolâtre son fils qui, très tôt, se révélera de santé délicate.

Premiers succes... scolaires
Maxence, dans le domaine des études, répond vite aux espoirs que fonde son père.
De 1913 à 1919, il est élève de l'école de la rue de Brézin, à Roubaix (laïque, bien entendu, puisque Benjamin Vandermeersch est un athée affirmé). Maxence entame des études secondaires au "petit lycée" de Roubaix avant de les poursuivre au lycée d'Etat de Tourcoing.
Etudes brillantes en 1923, âgé de 16 ans, en classe de troisième A, il s'adjuge une médaille d'or à un concours dont le thème était:
L'esprit français au Canada ". Mieux encore : en 1925, il obtient le premier prix de composition française au Concours général Sa dissertation portait sur les sentiments de
Molière à la veille de faire représenter "Le malade imaginaire".
Dès 1926, il devient étudiant des facultés d'Etat de Lille où il prépare simultanément les licences de droit et de lettres.
Voilà le jeune Maxence promis à une belle carrière d'avocat.
Avocat, il le sera. Mais le hasard - ou le destin - veille...

1927 l'année capitale
Imaginez le canal de Roubaix. A l'endroit où ses abords sont champêtres (si, si, il y en a)
Un jeune homme, assez grand, plutôt mince, vêtu d'un veston noir et d'un pantalon fantaisie, chaussé de souliers jaunes et coiffé d'un large feutre noir, promène son chien. Celui-ci bouscule une jeune fille. Le garçon s'excuse.
C'est la rencontre, le début d'un amour admirable. Van der Meersch, lui-même, le narre dans son roman " La compagne " (publié en 1955, après la mort du romancier).
Lui, bien sûr, c'est Maxence, étudiant, 20 ans. Elle, c'est Thérèze Denis. Elle a 23 ans. Orpheline, née à Limoges, ouvrière bobineuse, pauvre évidemment, elle vit dans un garni de la rue de Mouvaux à Roubaix. Après ce coup de foudre, véritable, Maxence n a qu'une idée : sortir Thérèze de ce logement misérable. L'entreprise est difficile car l'étudiant n'a d'autres ressources que l'argent de poche donné par ses parents... Et M. Vandermeersch père voit d'un très mauvais oeil cette "liaison" avec une jeune fille pauvre.. Il a d'autres ambitions pour son fils!
Vaille que vaille, à force de privations -elles n'arrangeront pas Sa santé délicate -Maxence y parvient.
Des dizaines d'années après, cet amour appelle l'admiration. Il est exemplaire. Bien àl'image du futur écrivain.
En 1929, alors que Maxence vit encore chez son père, Thérèze donne naissance à la petite Sarah. Le même prénom que la soeur décédée. Puis le couple s'installe à Wasquehal, dans une petite maison ouvrière, sise 246, rue Lamartine.



Quand Vandermeersch devient Van der Meersch
Etudes de droit (réussies) ou non, Maxence est avant tout un littéraire. Sa rencontre avec Thérèse provoquera le déclic.
Dès 1927, on le retrouve secrétaire de rédaction, puis rédacteur en chef de Lille Universitaire ", le journal de l'Union des étudiants de l'Etat. Il y publie des nouvelles et deux poèmes, "Destin en 1928 et Renouveau" en février 1929. Maxencc sera
rédac'chef jusqu'à la fin du mois de février 1930.
C'est à cette époque qu'il modifie son nom. Il signera désormais en trois mots VAN DER MEERSCH. Coquetterie d'auteur ou souci de faire plaisir à son dandy de père ?
La particule lui plaît. A 21 ou 22 ans, c'est excusable...
Par ailleurs, inscrit au barreau de Lille, l'avocat Van der Meersch ne semble pas avoir laissé un souvenir inoubliable... Il plaide peu. Mais ce fut sans doute une bonne occasion de découvrir, d'étudier d'autres facettes de la nature humaine.
Et puis, il y a Thérèze. Et une conscience qui s'éveille.

Et l'écrivain paraît
Thérèze et sa vie sont les premiers sujets de roman de Van der Meersch.
Il en tire "La rue de la Barbe d'Or", qu'il propose aux Editions Albin Michel. Refusé.
Curieusement, Van der Meersch, pour signer la lettre d'accompagnement de ce manuscrit à l'éditeur, a pris un pseudonyme : A. Denis. Il faut dire qu'il n'est pas encore marie : il ne régularisera qu'en 1934. Sa première oeuvre, remaniée, sera d'ailleurs publiée la même année sous le titre Péché du Monde (première partie d'une trilogie inspiré par Thérèze, dont le dernier tome, est justement "La compagne", cité plus haut). L'apprenti-écrivain ne se décourage pas. Il a raison : les éditions Albin Michel acceptent, en 1932, "La Maison dans la Dune".
Premier roman. Premier succès. Et Maxence Van der Meersch jette aux orties sa robe (peu utilisée) d'avocat pour se consacrer à l'écriture.
Par là même entre dans l'Histoire celui qui fut un grand écrivain, mais aussi et surtout, celui qui a parlé à notre conscience, nous, gens du Nord.

Texte : Jean-Noel DEFAUT
collection "Au calendrier de l'histoire" édité en 1993 par la Voix du Nord

Plus d'infos : Association Maxence et Sarah Van der Meersch



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