HISTO-NORD
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Texte : Christine BRULIN
Tiré de la collection "Au
calendrier de
l'histoire" édité en 1993 par la Voix du Nord
Le 8 juillet 1888
Inauguration de l'ascenseur à bateaux des Fontinettes
Enjambant les eaux paresseuses
du canal de Neuffossé, l'ascenseur des Fontinettes dresse depuis
plus de cent ans ses tourelles de briques et d'acier. Il est le symbole
fier et fidèle de la révolution technique de la fin du
siècle dernier. Né de l'imagination et de la science des
ingénieurs et officiers du Génie, l'ascenseur s'inscrit
dans le contexte des importants progrès technologiques de cette
époque balbutiements de l'automobile, de l'aviation, du
cinéma, essor de l'industrialisation lié à la
découverte d'énergies nouvelles suscitant de grands
chantiers, comme celui de la Tour Eiffel, commencé en 1887.
Rendu désormais inutile par la modernisation, sans doute se
souvient-il d'un jour de juillet 1888 où toute une foule
enthousiaste, acclamant ministre et hauts fonctionnaires, rendait
hommage à travers lui à Dame Science ainsi qu'à la
République triomphante.
En ce 8 juillet 1888 donc, une grande effervescence règne dans
un Saint-Orner fleuri et pavoisé le ministre des Travaux
publics, M. Deluns-Montaud, vient présider les
cérémonies officielles d'inauguration de l'ascenseur des
Fontinettes qui constitue pour l'époque une première
scientifique. Arrivé avec sa suite par train spécial, il
est accueilli à la gare par les personnalités locales,
civiles et militaires, qui l'accompagnent jusqu'à la
sous-préfecture où une réception est donnée
dans le grand salon.
Deux jours de fête
De là se constitue le cortège qui va, à travers la
ville en fête, se rendre aux Fontinettes à Arques. Dans le
landau d'apparat, attelé de deux chevaux gris pommelé,
ont pris place auprès du ministre, le sous-préfet, M.
Vel-Durand, en grand uniforme, les maires d'Arques et de Saint-Omer.
Cet équipage est précédé d'un peloton de
gendarmes à cheval en grande tenue et d'un escadron de dragons.
Le cortège ministériel est fermé par un second
escadron. Les uniformes multicolores, les casques à cimier, les
cuivres rutilants, les galons dorés, le claquement des sabots
sur le pavé, les splendides harnachements mettent en liesse les
spectateurs qui se pressent tout au long du trajet.
A Arques, un accueil triomphal est réservé au
cortège I Quinze compagnies de sapeurs-pompiers, dix fanfares et
musiques ainsi qu'une foule compacte, brandissant dra
peaux et banderoles, forment une longue haie jusqu'à
l'ascenseur. Sous les vivats, les acclamations, les cris de vive la
République <~, M. Gruson, ingénieur en chef et
maître d' oeuvre salue le ministre et sa suite. Sous sa conduite,
ils font le tour des écluses et assistent à une manoeuvre.
M. Deluns-Montaud prend ensuite place dans la barque de
l'ingénieur des Ponts-ct-Chaussées et descend l'ascenseur
devant près de 15 000 personnes enthousiastes.
En fin d'après-midi, M. Deron, maire d'Arques, reçoit ses
110 invités dans la grande salle de l'école où un
banquet est servi. Tandis que le ministre est reparti
àSaint-Orner où il assiste à une soirée de
gala, plusieurs bals champêtres sont donnés devant
l'ascenseur illuminé.
Le lendemain dimanche, se poursuivent autour du canal les
festivités populaires auxquelles prend part une foule tout aussi
massive. Courses et joutes nautiques, tableaux allégoriques ("
L'Alsace et la Lorraine jetant vers la France un regard de regret et
d'espoir <, La France calme et fière appuyée sur la
liberté, la justice et l'armée "...), feu d'artifice..,
tout concourt àimprimer dans la mémoire des participants
une marque exceptionnelle.
Pour la petite histoire, il est amusant de noter que la " couverture
~< dc cet événement fut l'occasion d'une longue
polémique entre deux journaux locaux. En pleine
époque de républicanisme forcené <', il n avait
pas été procédé au baptême religieux
de l'ascenseur. D'où le courroux des autorités
religieuses pour qui Dieu était le vrai père de
l'ascenseur puisque créateur des lois de la physique ~.
Monarchistes, catholiques et républicains s'affrontèrent
donc pendant plusieurs semaines dans des éditoriaux
particulièrement agressifs et injurieux, dans le style
journalistique du temps...
Six ans d'étude, cinq de travaux
L'ascenseur se situe à Arques sur une dérivation du canal
de Neuffossé à la jonction de la Lys navigable et du
canal d'Aire à l'Aa. A l'endroit où meurent les collines
de l'Artois et commence la plaine de l'As, existe une rupture de pente.
Au XVIII~ siècle, pour franchir cette importante
dénivellation, les officiers du Génie avaient construit
sur le site des Fontinettes une échelle d'écluses
à cinq sas superposés constituant ensemble une chute de
13,13 m. Deux écluses situées sous les murs de
Saint-Orner rachetaient le reste donc la pente. Cet ouvrage remarquable
suffit pendant près d'un siècle aux besoins de la
navigation sur le canal de Neuffossé. Mais le trafic et la
taille des péniches augmentant, il faut songer à une
nouvelle solution dès 1875.
Plutôt que de transformer l'ancienne écluse, les officiers
du Génie décident de construire un ascenseur hydraulique
du type de celui d'Anderton, en Angleterre. Son
constructeur, Sidengham Ducr, est chargé en 1879
d'établir un projet similaire sur le site des Fontinettes, mais
son projet n'est pas retenu on lui préfère celui d'un
autre ingénieur britannique, Edwin Clarck.
Le 26 avril 1881, le ministre des Travaux publics décide la
construction de cet élévateur hydraulique tout en
conservant l'échelle d'écluses pour suppléer
celui-ci cn cas d'arrêt. Ce n'est qu'en septembre 1883 que
commence la construction dc l'ascenseur. Des centaines d'ouvriers,
techniciens, ingénieurs et même l'armée
s'attèlent à la tâche dans des conditions souvent
délicates. Les difficultés, en effet, ne manquent pas sur
ce gigantesque chantier: éboulements, inondations, glissements
de terrain. Certaines équipes travaillent même de nuit,
grâce à un éclairage électrique (une
nouveauté pour l'époque I...), pendant les mois de mai et
juin 1885 pour rattraper le temps perdu.
Enfin, l'hiver 87-88 arrive, terme prévu de l'entreprise. Les
premiers essais de fonctionnement sont un succès. L'ascenseur
entre donc en service le 20 avril 1888.
Soixante années de bons et
loyaux services
Pendant soixante ans, l'ouvrage fonctionnera sans incident notable. Son
système est relativement simple : celui, en fait, d'une
énorme balance dont les deux plateaux
seraient deux caissons ou sas métalliques, de 40 m de long et 50
de large, remplis d'eau. Chacun des deux bacs est soutenu par un
énorme piston qui s'enfonce dans un cylindre. Sous le poids de
l'eau, une péniche monte tandis que l'autre descend. Il faut
environ une trentaine de minutes à une équipe de cinq
hommes pour effectuer une manoeuvre. En fait, l'originalité du
système réside dans l'utilisation du poids de l'eau comme
unique source d'énergie.
Mais, une fois encore, l'accroissement du trafic et de la taille des
péniches rendent l'ouvrage insuffisant. De plus, le coût
important de l'entretien d'une telle structure en raison de la
corrosion des éléments métalliques en contact
permanent avec l'eau sonne le glas de l'ascenseur.
Le 31juillet 1959, l'on adopte le principe de son remplacement par une
écluse moderne. Le vieil ascenseur échappe de justesse
à la destruction grâce à une décision des
autorités départementales du Pas-de-Calais ; elles
acceptent de le sauver et de l'aménager afin qu'il puisse
être visité. En effet, parce qu'il est le témoin
d'une époque fondamentale dans l'évolution
économique et sociale de la région Nord/Pas-de-Calais,
l'ascenseur appartient au patrimoine culturel de ses habitants et
symbolise leurs attaches avec leur propre histoire. Rappelons
également qu'il est le représentant unique en France d'un
moment historique de la science, en quelque sorte un " dinosaure de la
technologie ".
En 1979, le syndicat mixte pour la mise en valeur touristique de
l'Audomarois prit en charge la réhabilitation et l'entretien de
l'ouvrage avec le concours de l'Espace Naturel Régional
(E.N.R.). Depuis lors, il est ouvert au public. Des étudiants
H.E.I. de Lille ont assuré les commentaires techniques
destinés aux visiteurs.
En 1985, des bénévoles, passionnés par l'ascenseur
et ce qu'il représente, créèrent l'Association des
Fontinettes chargée de l'animation et de la gestion des visites
guidées.
Le 16 mars 1988, la dernière péniche est entrée
dans l'ascenseur. Aménagée en salle de réunion et
d'expositions par I'E.N.R., elle restera à jamais immobile dans
le sas inférieur.
Quand visiter ?
Pour les individuels :
Du 1er avril au 14 juin: samedi, dimanche et jours fériés
de 15h à 18h30 (fin de la dernière visite).
Du 15 juin au 15 septembre inclus : tous les après-midi de 15h
à 18h30 (fin de la dernière visite).
Du 16 septembre au 31 octobre inclus: samedi, dimanche et jours
fériés de 15h à 18h30 (fin de la dernière
visite).
Durée de la visite 1h (adultes) -1h30 (enfants)
Pour les groupes :
Ouvert toute l'année toute la journée, sans interruption
(horaire à convenir à l'avance), sauf de décembre
à février. Réservation obligatoire au 0321126230
Texte : Christine BRULIN
Tiré de la collection "Au
calendrier de
l'histoire" édité en 1993 par la Voix du Nord
Plus d'infos :
http://www.audomarois-online.com/francais/fontinettes/fontinettesmenu.html
http://www.peniche.com/23ontinettes.htm
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