HISTO-NORD


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L’Université de Douai, citadelle intellectuelle de la Contre-Réforme

Les 6 janvier 1560 et 19 janvier 1561 constituent le double acte de naissance de notre université régionale
« UNIVERSITAS INSULENSIS OLIM DUACENSIS » (Université de Lille anciennement de Douai).

Ce fut sans doute l’un des éléments importants de la seconde période du rattachement de notre région à la couronne d’Espagne par Comté de Flandre interposé. Et cela demeure, bien avant que la frontière se fixe à peu près là où elle est encore, comme un premier élément de personnalisation régionale. L’élite intellectuelle de ce qui était appelé à devenir la France du Nord n’irait plus se former à la Sorbonne ou à Louvain, mais au coeur de sa propre contrée, à Douai.

Pourquoi cette création, là et à ce moment de l’histoire ?
Pourquoi là? Eh bien, nous l’avons déjà vu... Des pentes de la montagne Sainte-Ge­neviève où Robert de Sorbon, le chapelain de Saint-Louis, a souhaité dès le milieu du XIII’ siècle faciliter l’accès aux études supérieures des étudiants pauvres (une fondation à la­quelle est d’ailleurs étroitement associé Robert de Douai, chanoine de Senlis et méde­cin du Roi) jusqu’à Louvain en Brahant, il y avait un bien grand vide universitaire a com­bler...
Et puis, il y a comme une filiation natu­relle entre le rayonnement culturel des grandes abbayes de la vallée de la Scarpe et la nouvelle institution universitaire. Or, Douai, dont l’émergence historique en tant que place fortifiée à l’aval des domaines mérovin­giens de Lambres et Vitry, est sans doute à peu prés contemporaine de la fondation par Saint-Amand, au temps de Dagobert, de l’Abbaye d’Elnon, a toujours accueilli, à l’abri de ses remparts, les refuges des fondations bénédictines qui, progressivement, ont fait surgir le pays de Scarpe de son marécage ori­ginel. Les abbayes d’Anchin et de Mar­chiennes joueront un rôle de première impor­tance dans l’accueil, l’hébergement et l’entretien de la nouvelle université à Douai.

Barrage aux « Gueux »
Pourquoi à ce moment de l’histoire?
La réponse tient en un mot la Réforme... Ce bouillonnement spirituel, dans son ardeur à retrouver la pureté des sources évangé­liques, engendre deux attitudes l’une qui se développera en rupture avec l’institution ecclésiale dont le Primat est l’évêque de Rome, successeur de Pierre, l’autre à l’intérieur de la dite institution...
L’esprit qui anime un Jean Lentailleur, ancien étudiant en Sorbonne, très marqué par la Renaissance, féru de grec et d’hébreu, devenu en 1555 Abbé d’Anchin où son souci premier est d’instruire ses moines en théologie et en Ecriture Sainte mais aussi en grammaire, est un esprit profondément réformateur... Et ce sont ces réformateurs-là qui tentent de faire barrage aux autres, ceux que, sans beaucoup de charité (le temps n’est pas encore à l’oecuménisme !) l’on appellera « les Gueux », selon la qualification d’abord appliquée aux Grands de Flandre révoltés contre le roi d’Espagne, et qui par extension devint celle de tous les huguenots... Des gueux qui, ayant dévasté les églises d’Anvers, Bruxelles, Tournai et Valenciennes, seront un jour tenus à l’écart de l’Abbaye d’Anchin par une troupe de paysans de la contrée, avant d’être dispersés lors d’une bataille livrée dans les bois de Brillon, entre Marchiennes et Saint-Amand.
Cependant, contre des idées, la bataille rangée en rase campagne n’est pas l’arme la plus efficace. C’est sur le terrain intellectuel et spirituel que le combat doit être mené.
L’Université fondée à Douai sera donc l’une des places fortes de cette stratégie de ce que l’on a appelé la CONTRE-REFORME.

L’excellence du français parlé à Douai
Face à la montée du calvinisme, la création d’une université avait d’abord été envisagée à Maubeuge. Mais l’échevinage douaisien, comprenant le parti que la ville pourrait tirer de la présence d’une telle institution dans ses murs, engageait dès 1530 des démarches auprès de Charles Quint... Au nombre des arguments développés par les échevins, on note l’excellence du français parlé à Douai, ce qui permettrait aux étudiants venus de tous les Pays-Bas de se perfectionner dans l’usage de cette langue.
Démarches d’abord infructueuses en rai­son de l’opposition de Louvain... La décision ne devait venir que du successeur de l’Empereur, le roi Philippe Il d’Espagne qui inter­vint auprès du pape Paul IV. Ce dernier se montra favorable au projet mais la bulle de création ne fut signée, là aussi, que par son successeur, Pie IV, le 6 janvier 1560. Ultime phase de l’acte de naissance, ce seront les lettres patentes du 19 janvier 1561, insti­tuant l’Université de Douai avec ses cinq facultés Théologie, Droit Canon, Droit Civil, Médecine et Arts. Il s’agit des arts libéraux et non des arts au sens restrictif de beaux arts, et la faculté des arts, préparant aux autres facultés, équivalait à peu près aux classes terminales de l’actuel enseignement secondaire.

Heureuse restauration
La première rentrée universitaire douai­sienne eut lieu solennellement le 5 octobre 1562. Très vite, le nombre des étudiants né­cessita la construction de nouveaux locaux, dont le collège construit par l’Abbaye d’An­chin où l’enseignement était confié aux Jé­suites.
Un bâtiment de ce collège a échappé à toutes les destructions d’une histoire tour­mentée. Ses deux magnifiques salles, édi­fiées en 1610, dont l’une servait à l’enseigne­ment de la philosophie et l’autre à la soutenance publique des thèses, ont bénéfi­cié d’une très heureuse restauration qui en fait, désormais, l’un des éléments les plus in­téressants du patrimoine architectural anté­rieur au rattachement de Douai à la France.


L’un des bâtiments du Collegium d’Anchin a subsisté...
C’est l’ultime vestige de notre université septentrional originelle.


Ce texte est issu de la collection "Au calendrier de l'histoire" édité en 1993 par la Voix du Nord


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