Soixante-dix ans de paix relative pour le Nord
Une trêve signée en 1347, puis l’arrivée, en 1348, de la peste noire qui enlève aux pays européens un quart à un tiers de leur population, interrompent les hostilités jusqu’en 1355. Lorsque la guerre reprend, c’est dans le Sud-Ouest où le roi Jean le Bon est battu et fait prisonnier à Poitiers par le prince de Galles le 19 septembre 1356. Les opérations de reconquête, menées par Charles V et Bertrand du Guesclin de 1369 à 1380, se déroulent dans le Bassin parisien, la Bretagne et l’Aquitaine.
Durant ces années, des combats locaux entre garnisons françaises et anglaises ont lieu périodiquement autour de Calais pour la possession des châteaux. Dès 1352 les Anglais occupent Marck, Oye, Coulogne, Sangatte, Guines et Frethun. Les habitants d’Artois et de Picardie virent aussi passer plusieurs fois l’armée d’Edouard III et subirent les dévastations des gens de guerre. Mais les armées débarquées à Calais en 1355, 1359, 1369, 1373, traversaient rapidement nos régions pour atteindre d’autres objectifs; Charles V d’ailleurs ne tentait pas de s’opposer à l’avance de l’adversaire, il attendait que l’épuisement l’oblige à rentrer.
Avec les morts d’Edouard III en 1377 et de Charles V en 1380 s’achève la première phase de la guerre de Cent Ans. La France est libérée, les Anglais ne possèdent plus que Calais et la côte de Guyenne. Pendant son règne, Charles V a également remporté un grand succès diplomatique en empêchant le projet de mariage entre Marguerite de Flandre, fille et héritière du comte Louis de Male, et un fils cadet d’Edouard III. Marguerite était aussi héritière des comtés de Nevers et de Rethel, de Bourgogne et d’Artois ; en obtenant sa main en 1369 pour son frère Philippe le Hardi, duc de Bourgogne depuis 1363, en échange du retour à la Flandre des châtellenies de Lille, Douai et Orchies, Charles V écartait le danger réel d’une nouvelle collusion entre les forces anglaises et flamandes.
D’ailleurs, le soulèvement des artisans de Flandre en 1379 prouve qu’une partie de la population était encore prête às’allier à l’Angleterre. En 1382 le jeune roi Charles VI, à la demande de son oncle Philippe le Hardi, traverse le Nord à la tête de son armée pour aller châtier les révoltés et, après sa victoire à Roosebeke au sud de Bruges le 27 novembre, il s’ arrête à Courtrai pour reprendre les éperons d’or des chevaliers tués en 1302. Mais Gand obtient le débarquement d’une armée de secours anglaise à Calais en 1383, qui s’empare de Dunkerque, Cassel, Fumes, Nieuport. L’invasion est cependant rapidement repoussée par les Français, et une trêve signée à Leulinghen en 1384.
Pendant les règnes de Chanles VI et Richard Il, les partisans de la paix l’emportent progressivement, une nouvelle trêve signée en 1388 est régulièrement prolongée, puis remplacée par une autre de vingt-huit ans en 1398. Le Nord connaît alors, comme le reste du royaume, une vingtaine d’années de paix.
Mais de graves événements politiques ramènent au pouvoir dans les deux pays les partisans de la guerre. En 1399 Richard Il est renversé par son cousin Henri de Lancastre; en France, autour du roi fou Charles VI, s’affrontent les deux familles princières rivales d’Orléans et de Bourgogne, prêtes après l’assassinat de Louis d’Orléans, frère du roi, en 1407, àfaire appel aux Anglais. La lutte des Armagnacs et des Bourguignons qui plonge le pays dans la guerre civile a peu de répercussions militaires dans le Nord. Pourtant au printemps 1414, Charles VI et son fils entraînent une armée en Picardie, prennent Bapaume et mettent le siège devant Arras en juillet. Mais la ville est bien défendue, la paix d’Arras interrompt la campagne dès septembre. Cette guerre civile procure surtout aux Anglais une occasion unique de reprendre les hostilités. Depuis son avènement en 1413, Henri VI prépare une grande expédition destinée à rétablir le pouvoir du roi dans les anciens fiefs des Plantagenêts.
Azincourt (25 octobre 1415)
Le 15 août 1415, Henni V débarque à Chef-de-Caux dans l’estuaire de la Seine avec mille cinq cents bateaux, deux mille hommes d’armes, six mille archers, soixante-cinq canonniers et de nombreux auxiliaires pour l’entretien des hommes et du matériel. Il investit Harfleur qui se rend le 18 septembre. Comme à Calais, les habitants sont chassés pour laisser la place à des Anglais, Harfleur devient la base nécessaire pour la future conquête de la Normandie.
Pendant ce temps, Charles VI et les Armagnacs qui gouvernent à Paris depuis 1413 ont organisé la défense du territoire, mais sans les éléments d’armée permanente que Charles V avait recrutés pour la reconquête. La crise intérieure et l’éloignement du danger anglais durant les trêves avaient amené la dispersion des gens de guerre, sauf des troupes (quelques milliers d’hommes) qui gardaient les frontières de Guyenne, de Normandie et du Nord. C’est grâce aux gens d’armes, arbalétriers, piquenaires cantonnés principalement à Boulogne, Ardres et Gravelines que le comte de Saint-Pol, " capitaine général es pais de Picardie et Westflandres ", put ainsi faire échec à la tentative de diversion lancée au départ de Calais par Henni V dès le début de la campagne de 1415 dans le but d’attirer une partie de l’armée française dans le Nord.
Les nobles du royaume ont commencé à se rassembler autour de Rouen pendant le siège d’Harfleur sous les ordres du capitaine général le duc de Guyenne, fils aîné du roi, des ducs d’Orléans, de Bourbon, d’Alençon et de Berry. Malgré l’absence des forces de Bourgogne et de Flandre (possessions du duc de Bourgogne, Jean sans Peur), le roi dispose de quatorze mille combattants, dont neuf mille hommes d’armes. Les gens de trait viennent, soit de l’étranger, soit des bonnes villes du royaume, comme ces trente arbalétriers et vingt pavesiers d’Amiens présents à la bataille d’Azincourt. La France divisée, mais riche, du début du xve siècle était donc capable de fournir un effectif presque aussi important que celui des grands osts du début de la guerre au xIve siècle.
Par contre pendant le siège d’Harfleur beaucoup d’Anglais ont péri de la dysenterie ou dans les combats, Henni V doit aussi laisser dans la ville conquise une garnison importante, son armée se trouve donc réduite à environ mille hommes
d’armes et cinq mille archers. Mais ne pouvant rentrer directement en Angleterre sans risquer d’abaisser son prestige, le roi décide de poursuivre la chevauchée jusqu’à Calais avec juste les provisions et le nécessaire pour une marche de huit à dix jours.
En suivant la côte, l’armée atteint rapidement la Somme, malgré quelques escarmouches avec l’armée française qui suit un itinéraire parallèle à quelque distance vers l’intérieur. Henri V ne peut, comme Edouard III en 1346, franchir la Somme au gué de Blanchetaque défendu par le maréchal Boucicaut. Il remonte le fleuve sur la rive gauche, et ce n’est qu’après avoir essuyé plusieurs échecs qu’il peut faire traverser ses troupes en amont de Péronne, aux gués de Béthencourt et de Voyennes, le 19 octobre. Cette longue marche de plus de cent kilomètres depuis l’estuaire et sous la pluie a épuisé l’armée qui pourtant reprend la route de Calais après un seul jour de repos.
Henri V a reçu un défi des Français à Péronne le 20 octobre car le Conseil royal a décidé de l’affronter en bataille rangée. Conscient de son infériorité numérique et du mauvais état de ses troupes, il tente de gagner Calais à marche forcée par un itinéraire détourné, mais il trouve l’armée française qui a pris de l’avance en travers de la route de Blangy à Fruges, entre les villages de Tramecourt et Azincourt; il doit s’arrêter àMaisoncelles et se préparer à affronter l’ennemi.
En 1415 ce sont donc les Français qui ont choisi le champ de bataille : un plateau rectangulaire, découvert, qui place les adversaires dans les mêmes conditions. Leur supériorité numérique, bien plus nette qu’à Crécy, doit leur donner facilement l’avantage. Ils sont en effet au moins deux fois plus nombreux que les Anglais, quoique des hommes soient restés à Rouen auprès du roi et de son fils, tenus volontairement àl’écart du combat, le souvenir du désastre de Poitiers restant présent dans toutes les mémoires.
La nuit du 24 au 25 octobre se passe dans une attente inquiète pour les Anglais auxquels le roi a enjoint de s’étendre dans les champs, sous la pluie, et d’observer le plus grand silence. Les Français au contraire sont remplis d’impatience car "le bruit s’était déjà partout répandu que l’ennemi, épuisé de faim et de froid, était presque hors d’état de se défendre" (Chronique de Saint-Denis), et de nombreux seigneurs passent des heures à cheval à piétiner inutilement le terrain détrempé.
Le matin enfin la pluie cesse, et des deux côtés on dispose les troupes en ordre de bataille. Les Français se sont préparés pour résister au tir des archers, ils portent une cuirasse ou "harnois blanc" au-desssus de la cotte de mailles.

La
bataille d’Azincourt.
A. Plan de la bataille.
J. Courbes de niveau (en mètres). 2. Hommes d’armes français
montés.
3. Hommes d’armes français démontés. 4. Arbalétriers
français.
5. Hommes d’armes anglais démontés. 6. Archers anglais.
7. Mouvement de l’armée anglaise au cours de la matinée.
B. La campagne d’Azincourt.
J. Marche de l’armée anglaise. 2. Marche de l’armée française.
Instruits par l’expérience, la plupart des cavaliers sont démontés; décidés à combattre à pied sans rompre leur formation, ils ont même coupé l’extrémité de leur lance pour la rendre maniable durant l’affrontement. L’étroitesse du plateau (moins d’un kilomètre) les oblige à se déployer en profondeur, en trois groupes parallèles : à l’avant la grosse bataille du connétable d’Albret, puis celle du duc d’Alençon, àl’arrière enyiron mille hommes à cheval. Sur les ailes, deux corps de cavalerie de chacun six cents hommes devront attaquer les archers anglais. Mais la place manque pour les gens de trait qui sont relégués sur les ailes et à l’arrière. Ce dispôsitif donne très peu de possibilités de mouvement aux combattants qui, serrés les uns contre les autres et pesamment armés, "estoient en la terre molle jusques au gros des jambes, ce qui leur estoit moult grand travail: car à grand peine pouvoient-ils ravoir leurs jambes et se tirer de la terre ".
Pendant les premières heures de la matinée, les deux armées s’observent et vers 1 i heures, voyant que les Français ne se décident pas à attaquer, les Anglais s’avancent lentement vers le nord, franchissent la route d’Azincourt àTramecourt et s’arrêtent à la limite de portée des flèches. Les archers fichent en terre devant eux des pieux pour se protéger et ouvrent le tir. Les ailes de cavaliers français tentent de les attaquer, mais trop peu nombreux ils sont repoussés, leurs chevaux blessés se jettent dans les rangs de la première bataille qui avait commencé d’avancer vers les hommes d’armes anglais. C’est la bousculade et la confusion, des chevaliers tombent et sont massacrés par les archers anglais qui se débarrassent de leur arc et se jettent au milieu d’eux avec des épées, des haches et des massues de plomb. Les arbalétriers et la deuxième ligne tentent alors d’avancer a leur tour, mais s empêtrent dans les cadavres et sont bientôt écrasés.
En très peu de temps l’essentiel de l’armée française se trouve anéanti: "Et ne dura pas la bataille demi heure qu’elle ne fut toute déconfite ou tout tuet ou tout pris "(Chronique de Ruisseauville). L’arrière-garde montée s’est en effet dispersée sans combattre et les Anglais ont pu faire de nombreux prisonniers, "dont ils crurent être tous riches, et à la vérité ils l’étaient, car tous étaient grands seigneurs qui étaient à la bataille ".
Mais voici qu’au bout de deux heures, l’arrière-garde française s’est regroupée et, grossie des forces du duc de Brabant, se prépare à charger. Les Anglais ne peuvent combattre avec leurs prisonniers ; les relâcher, c’est risquer àcoup sûr de les voir rejoindre les leurs. Henri V commande àchacun de tuer son prisonnier, mais il n’est pas obéi, les Anglais refusant de perdre leur gain. Aussi confie-t-il la tâche à deux cents archers, " qui fut moult pitoyable chose. Car, de sang froid, tout cette noblesse française fut là tuée, et découpés têtes et visages, qui était une merveilleuse chose àvoir" (Jean Lefevre). Horrifiés, les chevaliers français prennent la fuite et abandonnent le champ de bataille au vainqueur.
Au total la bataille n’a pas duré plus de quatre heures. Contrairement à ce qui s’est passé à Crécy, à aucun moment les Anglais n’ont été en difficulté, l’attaque manquée de la cavalerie française leur a donné l’avantage dès le début de la rencontre. Leurs pertes sont d’ailleurs faibles, peut-être trois cents hommes, dont le cousin du roi, le duc d’York, mort étouffé dans une chute par des corps tombés sur lui. Du côté français le désastre est aussi grand qu’à Crécy, avec plusieurs milliers de morts parmi lesquels le connétable d’Albret, le duc de Brabant et le comte de Nevers (frères du duc de Bourgogne), les ducs d’Alençon et de Bar, et au moins mille cinq cents chevaliers. Après la bataille, les archers anglais ramassent sur le terrain un énorme butin, en armes et armures. Les blessés sont achevés, sauf ceux de haute naissance dont on pourra tirer bonne rançon, et qui sont emmenés en Angleterre, tels le duc d’Orléans (le poète Charles d’Onléans), le duc de Bourbon et le maréchal Boucicaut.
Dès le lendemain, l’armée reprit la route et le 29, les soldats épuisés furent accueillis à Calais comme des héros, tandis que l’évêque de Thérouanne faisait creuser cinq grandes fosses pour ensevelir les morts.
La victoire anglaise d’Azincourt, totalement imprévisible, n’entraîna pas de conséquences décisives sur le plan militaire, mais eut un grand impact psychologique. La noblesse française, qui avait retrouvé une partie de son prestige après les campages de Charles V et la victoire de Roosebeke en 1382, est de nouveau accusée de lâcheté et de déloyauté. Des années après, "monstroit on du doigt ceux qui s’en estoient retournés et fuis la bataille ". Elle conforte aussi Henri V dans la conviction qu’il se bat pour son bon droit. L’annee suivante d’ailleurs il obtient l’alliance du duc de Bourgogne Jean sans Peur et, fort de celle que lui promet l’empereur Sigismond, il prépare un nouveau débarquement en France.
Paix et guerre intermittentes sous Philippe le Bon et Charles le Téméraire (1419-1477)
Après Azincourt, le nord de la France ne sert plus de champ de bataille dans le conflit qui continue à opposer la France et l’Angleterre. Henri V conquiert systématiquement la Normandie de 1415 à 1417, tandis que la France est toujours ravagée par la guerre civile. Le meurtre de Jean sans Peur par les Armagnacs en 1419 pousse son fils Philippe le Bon à entrer dans l’alliance anglaise et à approuver en 1420 le traité de Troyes qui fait d’Henri V l’héritier de Charles VI. En fait, le nouveau duc de Bourgogne n’accorde aucune aide militaire à son allié pour ses campagnes offensives, mais il entreprend d’assurer la soumission des villes de la Somme dont le traité de Troyes lui assurait la possession et où se maintenaient des noyaux de résistance favorables au dauphin.
Ce mouvement était mené par Jacques d’Harcourt, un noble picard qui avait obtenu de nombreux ralliements en Picardie maritime. Le duc, avec une petite armée de quelques centaines d’hommes originaires de Flandre et d’Artois, part assiéger Saint-Riquier en juin 1421. Le 30 août il abandonne le siège pour aller intercepter une armée de secours envoyee par le capitaine de Compiègne, et la rencontre à Monsen-Vimeu, sur la rive gauche de la Somme, le 30 août 1421. Au début de la bataille, une charge furieuse des Dauphinois provoque la débandade vers Abbeville d’une bonne partie des chevaliers bourguignons. Mais Philippe le Bon, dont la valeur militaire fut célébrée à cette occasion par les chroniqueurs et les poètes, reprend l’offensive avec les nobles fidèles et les archers, et parvient à disperser les Français dont la résistance en Picardie est ensuite fortement ébranlée : SaintValéry tombe aux mains des Anglo-Bourguignons en septembre, puis Le Crotoy en 1423.
La Picardie, bastion avancé des possessions bourguignonnes vers le sud, connaîtra cependant encore pendant plus de vingt ans les attaques de villes et les dévastations par les troupes françaises, puis par des bandes anglaises après la réconciliation franco-bourguignonne de 1435. Pour les habitants, l’arrivée des gens de guerre qui pénètrent parfois jusqu’en Cambrésis, Artois et Boulonnais, signifie toujours "grands maux et innombrables dommages ", incendies, pillages et enlèvements de prisonniers, rachetés ensuite moyennant finances.
En septembre 1435, au traité d’Arras, Philippe le Bon a abandonné l’alliance anglaise et obtenu de Charles VII la possession des nombreux territoires occupés pendant les hostilités, en particulier le Ponthieu et les villes de la Somme que le roi pourra reprendre en échange de 400 000 écus d’or. Désormais l’histoire de la région du Nord est fortement liée àcelle des principautés que le duc de Bourgogne rassemble progressivement sous sa domination (Namurois, Brabant, Hainaut, Hollande, Zélande, Luxembourg). Alors que la France est encore en guerre avec l’Angleterre jusqu’en 1453, les Pays-Bas bourguignons connaissent une prospérité que reflète le faste déployé à la cour du grand duc d’Occident. Sur ces "terres de promission ", les habitants sont " comblés de richesses et en grande tranquillité" (Philippe de Commynes).
Pourtant le traité d’Arras a entraîné une reprise momentanée de la guerre autour de Çalais. En effet, en Angleterre on accuse Philippe le Bon de trahison, et Henri VI ordonne à la garnison de Calais d’effectuer des courses dans les possessions ducales. Des incursions vers Boulogne, Gravelines, Bourbourg rencontrent peu de résistance, une troupe bourguignonne de mille cinq cents hommes levée par Jean de Croy pour une campagne de représailles autour de Calais est même mise en déroute et poursuivie jusqu’à Ardres par les Anglais. Pendant ce temps Philippe le Bon prépare activement une expédition pour reprendre Calais, "son paternel patrimoine et héritage ". Il obtient sans difficulté l’aide militaire et financière des Flamands et fait rassembler canons, munitions et matériel de siège.
Au mois de juin 1436, les milices de Gand, Bruges, Ypres et Courtrai, au total plus de dix mille hommes, parviennent àGravelines. Le duc, à la tête de cette armée enthousiaste et nombreuse, renforcée encore de quelque trois mille Picards et Hennuyers, est sûr de la victoire et refuse le renfort de troupes françaises proposé par le connétable de Riche-mont.
Après la prise des châteaux d’Oye et de Marck, les Flamands prennent position le 9 juillet devant Calais qu’ils imaginent déjà abandonnée par les Anglais. Mais depuis 1353 Calais était le lieu de vente obligatoire de la laine sur le continent, la source d’importants prélèvements fiscaux pour le roi et, loin de songer à fuir, les Anglais avaient renforcé les défenses de la ville et envoyé des secours. Des navires débarquent chaque jour vivres et munitions. Les Flamands s’impatientent de cette situation et attendent que la flotte préparée par le duc à L’Ecluse vienne barrer l’entrée du port, d’autant plus que le duc de Gloucester a annoncé sa venue avec une armée et a défié en bataille le duc de Bourgogne. Pour mieux surveiller la ville, ils ont construit une bastille en bois équipée d’artillerie.
Enfin le 25 juillet la flotte bourguignonne arrive et, pour bloquer le port, coule six bateaux chargés de pierres. Mais le lendemain matin les Calaisiens les découvrent échoués àmarée basse et, malgré le tir des Bourguignons, les déchargent et les brûlent. La flotte se disperse alors sans attendre l’escadre anglaise, provoquant le désarroi des Flamands, encore accentué par l’enlèvement de leur bastille par des cavaliers anglais et la mort de plus de deux cents des leurs. Les Gantois crient à la trahison et décident de regagner leurs foyers, malgré les exhortations de Philippe le Bon qui a promis d’attendre l’armée de Gloucester pour livrer bataille. Celles-ci sont vaines : dans la nuit du 27 au 28 juillet, les Flamands commencent la retraite, abandonnant même une partie des provisions et des armes, suivis du duc et des nobles, forcés de renoncer au siège.
Cependant le duc de Gloucester débarque à Calais au début du mois d’août avec une armée qu’il divise en trois corps. Avec l’effectif le plus important il envahit la Flandre occidentale, poussant jusqu’à Poperinghe et Bailleul, brûlant, pillant et massacrant les habitants. Puis par Hazebrouck, Arques, Ardres et Guines, il regagne Calais sans avoir été inquiété par les troupes ducales. Un deuxième contingent a ravagé la région entre Somme et Authie et revient également encombré de butin. Enfin les navires ont semé la terreur sur la côte jusqu’en Zélande. Après un mois de dévastations, le duc regagne l’Angleterre avec son armee. Philippe le Bon, mortifié par son échec, renonce bientôt àpoursuivre les hostilités et, dès 1439, les négociations de Gravelines rétablissent de bonnes relations commerciales entre les deux pays.
Les régions du Nord connaissent donc la paix jusqu’à la mort de Philippe le Bon (1467), puis sous le gouvernement de Charles le Téméraire que son ambition de réunir les Pays-Bas à la Bourgogne entraîne dans des campagnes militaires àl’est de ses Etats, dans la vallée du Rhin, en Suisse et en Lorraine où il trouvera la mort en 1477. Seule la Picardie, éprouvéejusqu’à la fin de la guerre de Cent Ans à cause de sa situation frontalière, est à nouveau atteinte par la guerre entre 1471 et 1475.
Louis XI a racheté les villes de la Somme à Philippe le Bon vieillissant en 1463, mais a dû les restituer à son fils Charles de Charolais au traité de Conflans en 1465, après la guerre dite du Bien Public, dernière insurrection féodale qui a obligé le roi à composer avec les princes. Avant même son avènement, Charles s’est donc élevé contre le roi auquel il ne prête pas hommage en 1467. Son ind&eac