L’habitat en pays de Pévèle
Telecharger
ce dossier au format PDF
Qu’y a-t-il de commun entre la maison du ménager et celle du tisserand, entre la ferme et la villa, entre le logement de l’ouvrier et les derniers châteaux? Peu de choses en vérité.
La maison du ménager
Très
modeste la maison du petit paysan, appelé « censier à brouette
» ou plus généralement « ménager » (les
deux appellations ne recouvrent pas les mêmes réalités),
nous est décrite par Théodore Lefebvre: « le ménager
habite une petite chaumière composée d’un bâtiment
beaucoup plus long que large, et assez bas. Jusqu’à la fin du XIXe
siècle elle n’était construite qu’avec du pisé,
de la paille, et des « gros blancs », c’est-à-dire
des blocs de craie destinés à former les coins des murs. Les toits
étaient couverts de chaume. Aujourd’hui le chaume est remplacé
par la tuile, mais les murs en pisé, blanchis à la chaux, aux
fenêtres agrémentées de petits volets verts, se rencontrent
encore souvent. Un seul et même toit abrite toutes les parties de l’exploitation
et de l’habitation. Pas d’étage, mais un unique rez-de-chaussée,
à une des extrémités duquel se trouve la « salle
», encore appelée « la pièce »: on y fait la
cuisine et l’on y mange. Une porte extérieure conduit à
la chambre à coucher. Le reste de l’habitation est réservé
à l’exploitation, c’est-à-dire à l’étable,
où ruminent deux ou trois vaches en compagnie d’un veau, et à
la grange, où l’on met en réserve le foin, les graines,
et les autres provisions de l’année. Quelquefois des feuilles de
tabac sèchent, suspendues au mur, à l’abri du toit; le ménager
consacre encore de temps à autre quelques ares à cette culture.
Derrière la ferme, parfois même devant et derrière, s étend
une petite pâture plantée d’arbres fruitiers. Si l’on
passe devant la ferme au mois d’octobre, on aperçoit à côté
d’elle une petite meule de blé et un petit tas de betteraves; ce
sont les produits de l’année, qui vont bientôt être
charriés vers la sucrerie et le « grand marchand de graines ».
Ces maisons de « ménagers » sont celles des petits paysans
qui ne cultivent guère plus de deux hectares: ni misérables, ni
même pauvres, ce sont des humbles. Ils étaient autrefois très
nombreux, on en rencontre de moins en moins.

La cense
Beaucoup
plus répandue, la ferme habituelle du pays offre quelques variantes:
bâtiment unique, bâtiments en équerre, bâtiments autour
d’une cour fermée. Tout dépend de l’importance de
l’exploitation agricole. Toutefois, le dernier type est le plus fréquent
et il en subsiste encore de nombreux témoignages. Au milieu de la façade
que longe le chemin, généralement en retrait au-delà d’un
fossé et d’un jardin, la grand’porte est surmontée
d’un pigeonnier. En face s’élève le corps de logis,
c’est-à-dire l’habitation du fermier. De chaque côté
se trouvent les remises, les écuries, porcheries, étables. La
grange occupe l’un des deux côtés dans les grandes censes.
Au milieu de la cour est placé le fumier. Etant donné l’importance
qu’occupent ces grandes fermes dans la vie du pays, nous en reparlerons.
Les principales, celles qui ornent encore notre paysage, ont des noms issus
de la nuit des temps:
Sainte-Barbe à Bourghelles, Montifaux à Bachy, Aigremont à
Ennevelin, Blocus àMons-en-Pévèle, Lassus à Tourmignies,
Huquin à Templeuve, Argerie à Bersée, ou encore Bercu à
Mouchin.

La maison ouvrière
La
maison ouvrière offre un aspect beaucoup plus modeste. Emile Dorchies
en a visité de nombreuses vers 1905: « J’en ai vu de ces
tristes masures où il ne faisait certes pas gai à habiter ; j’ai
tenu à y pénétrer et souvent sur le seuil, je fus saisi
de pitié en songeant que là, dans cette misérable pièce,
habitaient et travaillaient des êtres humains. De petites fenêtres
éclairaient mal, un plafond très bas menaçait ruine, enfin
de la terre battue tenait lieu de carrelage, c’était là
le logement de très pauvres ouvrières vivant seules (...). Le
loyer de ces taudis varie entre 5 et 6 francs par mois. Assez souvent une seule
pièce forme à elle seule toute la maison et sert en même
temps d’atelier, de cuisine et de chambre à coucher; en hiver les
fenêtres ne sont presque jamais ouvertes, la pièce est chauffée
par le poêle de fonte dont les émanations pestilentielles se combinent
avec les rebuts de cuisine, l’odeur des lampes fumeuses et la chaleur
des respirations (...). Mais à vrai dire, ces misérables logis
sont des exceptions regrettables, je le veux, mais heureusement rares (...).
Plus fréquemment, nous avons rencontré les ouvrières en
confection dans des locaux salubres. A la campagne, on trouve aisément
une maison avec petit jardin pour 9 ou 10 F par mois, et pour 12 F on a réellement
une demeure convenable (...). Nulle part, même dans les plus pauvres logis,
on ne retrouve cette compression de misère sordide qui nous étreint
dans la visite de certaines cités ouvrières de nos grandes villes
». Ces maisons sont celles des familles qui s’adonnent àla
confection à domicile dans la région de Bersée.

Le logement du tisserand
Grâce,
si l’on peut dire, à une enquête effectuée en 1906
sur les causes de la tuberculose, on connaît un peu les conditions de
logement principalement à Cysoing, dont l’agglomération
comprend alors 441 maisons de tisserands à domicile; il y en a de trois
types.
D’abord celles qui sont propres et assez confortables: au rez-de-chaussée,
une salle d’environ 4 mètres sur trois, bien éclairée
par une large fenêtre: cette pièce sert de cuisine et de salle
à manger; elle est carrelée, les murs en sont blanchis à
la chaux. A côté, une salle 1 fois 1/2 plus grande, à sol
en terre battue: c’est là qu’est établi le métier.
Cette dernière pièce ouvre par une porte sur une courette à
laquelle fait suite un jardinet. Dans la courette, des cabinets d’aisance
suffisamment spacieux (à fosse fixe, l’ouvrier fait lui-même
sa vidange et répand les matières fécales sur le champ).
Au premier étage, deux chambres d’environ 4 m x 3 m, chacune d’elles
est éclairée par une tabatière, elle est parquetée,
dépourvue de cheminée, et ses murs en sont blanchis à la
chaux. Au-dessus des chambres, un grenier. Le loyer est de il à 12 F
par mois.
Le second groupe de maisons comprend celles n’ayant qu’un rez-de-chaussée.
Une première salle d’environ 5 m x 4 m, basse de plafond, peu éclairée
par une fenêtre étroite, sol en terre battue, murs blanchis à
la chaux, destination: cuisine et salle à manger. A droite et à
gauche, deux pièces, une où est établi le métier
à tisser: 5 m x 5 m au sol en terre battue, bien éclairée
par deux larges fenêtres, haute de plafond; l’autre qui sert d’unique
chambre à coucher pour toute la famille: 4 m X 3 m basse de plafond,
sol en terre battue, très mal éclairée par une étroite
fenêtre. Une courette et un jardinet. Loyer: 8 à 10 F.
Enfin, le troisième groupe de maisons réunit celles n’ayant
aussi qu’un rez-de-chaussée, mais avec seulement deux pièces.
Pour se coucher, la famille se partage entre la cuisine et la chambre au méfier.
De plus, la courette et le jardinet sont généralement absents
et les cabinets d’aisance communs à plusieurs maisons. On voit
des cabinets logés dans une crèche pratiquée dans le mur
extérieur des maisons, la profondeur de la niche ne permet point au visiteur
de refermer la porte sur lui: il la doit laisser ouverte et s’exposer
ainsi à la vue des passants. Loyer: 5 à 7 F.

Aucune maison rie reçoit d’amenée d’eau: les ménagères
s’en vont puiser à des pompes communes situées de loin en
loin en bordure de la rue [ces pompes subsistent jusque vers 1960). Leur eau
provient de la nappe souterraine superficielle qui court à environ 2
m de profondeur. Les matériaux usés, solides et liquides, sont
évacués dans la rue: un tombereau ramasse chaque jour les solides;
les liquides sont conduits par des fils d’eau jusque dans la campagne
avoisinante où ils se perdent: ils ne stagnent point d’ordinaire,
leur écoulement étant facilité par la pente des terrains.
De mémoire d’homme, on n’a pas désinfecté ces
logements, faute de moyens pécuniaires parfois (un tisserand gagne environ
600 F par an, en moyenne).
Sur ces 441 maisons de tisserands (ce qui représente 52,4 % de toutes
les maisons de la localité) on en compte 300 du premier type (68 %),
100 du second (22,6 %) et 41 du troisième (9,3 %). Dans l’ensemble
l’habitat n’est donc pas trop mauvais, mais il y a beaucoup de maisons
insalubres.
Bibliographie
Le pays de Pévèle : en ce Temps-Là ; Editions WESTHOEK
Nos ancetres les Paysans ; CNDP C.R.D.P. Lille
En pays de Pévèle : histoire d’un pays rural du Nord de
la France ; AXIAL
La brouette et la navette : Editions des beffrois
Liens Internet
http://www.histo-nord.com ;
l’annuaire d’histoire et de genealogie du Nord
http://pevele.free.fr ;
le Pévèle et ses 65 communes
http://metiers.free.fr ;
Métiers d’Autrefois Illustrés sur le Net